Mairie de Saint-Saulve

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Superficie :  1 204 ha
11 354 habitants
APE : 751 A
SIRET : 215 905 449 000 17
Code INSEE : 544
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Kiosque & divers

Calendrier des Fêtes 2017

PROTOHISTOIRE

 Saint-Saulve à l'époque «gauloise»

  L’occupation du sol par un peuple «belge», les Nerviens, est attestée dans le Valenciennois pour la période de La Tène (de 500 avant notre ère environ, jusqu’à la domination des Belges par Jules César, en 57 avant Jésus-Christ)1. Des ensembles cohérents d’objets ont été découverts à Wallers, Anzin, Haulchin, ainsi que des traces d’habitat à Château-l’Abbaye, Famars, Neuville-sur-Escaut,  Hornaing, Escautpont2. Encore beaucoup de ces sites peuvent-ils être considérés plus comme gallo-romains que purement gaulois, la plupart étant postérieurs à la conquête.

  Pour Saint-Saulve, aucune découverte de ce genre n’est attestée. Le Catalogue du Musée de Valenciennes, rédigé par Louis Cellier en 1865, signale des «monnaies gauloises en or trouvées à Saint-Saulve». Ces monnaies semblent avoir disparu dans l’incendie de l’hôtel de ville, où se trouvait le musée, et nous n’en avons conservé aucune description, aucun dessin. En l’absence d’autres précisions sur le lieu exact et les circonstances de cette trouvaille, on ne peut tirer aucune conclusion sur la présence d’un habitat gaulois organisé sur le territoire de notre commune (quelques monnaies ne constituent pas la preuve d’une occupation durable). Certes, la proximité des sites bien attestés, ainsi que de la voie antique Bavay-Tournai (qui franchissait l’Escaut à Escautpont, Ponte Scaldis dans la Table de Peutinger) nous laissent supposer la présence d’une population établie, sinon sur le territoire même de notre commune, du moins aux environs immédiats.

  L’absence de vestiges archéologiques sur le sol de notre commune nous réduit à nous contenter des quelques indices fournis par la toponymie : Brena, Buntio, Bois d’Ardenne.

«Bréna»

  La plus ancienne attestation du nom de Brena pour désigner le futur Saint-Saulve ne date que du 14e siècle : on la trouve dans les Annales de Hainaut de Jacques de Guyse (tandis que le monasterium Sancti Salvii, «le monastère de Saint-Saulve», est attesté dès 870 par le Traité de Mersen). Ce chroniqueur, né à Mons vers 1330, est mort à Valenciennes en 1399. Ses Annales, dédiées à Philippe le Bon, duc de Bourgogne, ont longtemps bénéficié d’un vif succès, peut-être dû en partie au prestige du dédicataire.

  Mais, comme de nombreuses compilations historiques de l’époque, celle de Jacques de Guyse est dépourvue de sens critique, surtout dans sa première partie, qui relate les origines «troyennes» du peuple belge :  Bavay, appelé Belges au 15e siècle, aurait été fondée par un certain Bavo, lequel aurait été ni plus ni moins qu’un «prince», cousin de Priam... Manquant de héros fondateurs, Jacques de Guyse en inventait de toutes pièces : ainsi Cambro pour Cambrai... et Brennus pour «Brena» :

  «Lorsque les Sénonais eurent appris la retraite des Belges, ils résolurent, dans leur ardeur, de former le siège de toutes leurs villes. Passant donc près de Cambrai, de Solesmes et de Famars, ils arrivent sur le bord de l’Escaut, et trouvent, au milieu des marais, plusieurs îles qui leur paraissent propres à devenir le centre de leurs opérations. Dans cette intention, ils construisent une forteresse, des remparts, des tours, une porte et une ville de guerre, à laquelle ils donnent le nom de Vallée des Sénonais, mais qu’on appelle aujourd’hui Valenciennes. Brémus et Brennus campèrent, l’un à Breveticum, nommé ainsi par Brémus, et maintenant appelé Beuvrages ; l’autre, au lieu de Brena, qui tient de Brennus ce nom qu’il conserva jusqu’au temps de Charlemagne, mais qu’il a quitté depuis pour prendre celui du glorieux martyr saint Saulve.»3

  Déjà Henri d’Oultreman, au 17e siècle, ironisait sur ces «étymologies mal fondées» : «les auteurs allégués par de Guise, ayant remarqué diverses places, en Hainaut et ailleurs, porter le nom de Braine... ont pensé que Brennus, capitaine général des Sens ou Senonais... auroit régné en ces pays, et fondé ou nommé toutes ces places ; spécialement que la ville de Valenciennes, à cette occasion, auroit été appelée Val des Sens, et un château là auprès auroit été nommé Sebourg, comme qui diroit Bourg des Sens ; un autre auroit pris de Brennus le nom de Brena».4

  Malheureusement, «la plupart des auteurs dont prétend s’inspirer Jacques de Guyse sont par ailleurs parfaitement inconnus», et «c’est peut-être faire trop d’honneur à Jacques de Guyse que de chercher à mettre de la cohérence dans la première section de ses annales, qui fourmille d’absurdités.»5. Et le nom de «Brena» n’ayant laissé aucune trace antérieure au 14e siècle, son existence avant la conquête romaine paraît bien improbable...

  Quant à un culte «druidique» qui serait à l’origine du culte de saint Saulve, lié à celui du taureau et du corbeau, brannos en gaulois, nous pouvons affirmer, après l’examen de plus de soixante représentations de ce saint, qu’aucune d’entre elles ne montre de corbeau...6 Et, qui dit «culte druidique» suppose «religion celtique » ; or, celle-ci nous est encore mal connue, en dehors des descriptions, forcément tendancieuses, des écrivains romains.

  D’autre part, les historiens, anciens ou modernes, ne s’accordent pas sur l’appartenance des Belges, et des Nerviens en particulier, au domaine celtique. Tacite écrit : Treveri et Nervii circa affectationem Germanicae originis ultro ambitiosi sunt, tamquam per hanc gloria sanguinis, a similitudine et inertia Gallorum separentur. «Les Trévires et les Nerviens ont la prétention d’une origine germanique, et ils l’annoncent hautement, comme s’ils voulaient, par l’honneur de cette descendance, se sauver du reproche de lâcheté, qu’on fait aux Gaulois.» (Germ., XXVIII, trad. Dureau de Lamalle).7

Le «buntio»

  Le nom de Buntio, donné par la Passio sancti Salvii8 comme celui d’un ruisseau situé dans les environs du futur Saint-Saulve, est bien de consonnance «gauloise » (on trouve une localité d’un nom voisin, Bontobrice, chez les Trévires, au 4e siècle), et laisse supposer l’existence d’habitants non loin d’ici. Aucun nom de ruisseau actuel ne lui est apparenté, et la Passio, datée seulement de la fin du 8e siècle, est le premier et unique texte à citer ce nom.

  La Passio sancti Salvii raconte que l’évêque Saulve, ayant quitté Génard qui l’avait invité à se restaurer, se mit en route pour Condé ; chemin faisant, il «parvint à un certain ruisseau du nom de Buntio, qui entre les flancs sinueux d’un mont, menait au monastère dont le nom est Condé» - pervenit ad quendam rivolum, Buntionem nomine, qui inter devia montis latera ducebat ad monasterium cuius vocabulum est Condatus (éd. M. Coens, p. 168).

  La forme Buntionem est donnée par les meilleurs manuscrits de la Passio ; d’autres donnent Boutionem, Bonciolum, Bunencionem. Aucun autre texte ne parle d’un ruisseau de ce nom, qui n’a laissé aucune trace dans la toponymie locale. On se demande donc à quel ruisseau, actuel ou disparu, correspond ce fameux ‘Buntio’. Dans son Glossaire topographique de l’Arrondissement de Valenciennes, Louis Cellier écrit : «la légende ne dit pas que saint Saulve ait passé l’Escaut ; or il n’y a sur la rive droite, entre Valenciennes et Condé, qu’un seul cours d’eau à qui ce nom puisse convenir, la Hayne. Mais peut-on croire que l’assassin Winegard ait été si loin attendre le prélat pour le ramener ensuite prisonnier à son château de Beuvrages ? Cependant, Saulve avait peut-être déjà traversé l’Escaut, pour se rendre chez Génard. Le château de Beuvrages, où Winegard emmène l’évêque, peut fort bien être celui de Génard, son père (le fils assistait au repas offert par le père). En ce cas, venant de l’église Saint-Martin, Saulve avait dû passer l’Escaut pour se rendre à ce château de Beuvrages, et se serait donc déjà trouvé sur la rive gauche. On ne trouve effectivement, de ce côté, que la Haine. Mais la Haine avait déjà donné son nom au pays de Hainaut, désigné dans la Passio même sous la forme pagus Hainoensis (éd. M. Coens, p.175).

  On peut donc penser à une rivière disparue, comme la ‘Riviérette’, que l’on voit sinuer parallèlement à l’Escaut dans une planche de l’Album de Croÿ, peinte vers 1600 (éd. Duvosquel, t. XXV, pl. XV). Ce cours d’eau a effectivement disparu lors du percement du ‘canal d’Arnonville’, en 1730. L’assimilation du ‘Buntio’ et de la ‘Riviérette’ avait déjà été faite par Jacques de Verton, dans la Vie de l’illustre Evesque d’Angoulesme Saint Saulve, publiée à Valenciennes en 1685, p. 27 : «Estant arrivé sur le bord d’un ruisseau que les Habitans des environs appellent Bucion, qui est (selon toute apparence) celuy qu’on appelle aujourd’hui la Rivierette qui vient ou descent du noir Mouton & qui va se rendre dans la riviere de l’Escaut...»

  Mais, selon Jean-Marie Duvosquel, la Riviérette ne serait autre chose qu’un «dédoublement de l’Escaut entre Valenciennes et la Folie sans doute destiné à l’évacuation des eaux de crue.» (Albums de Croÿ, tome XXV, commentaire de la planche XV). Si cela était, il serait difficile de l’assimiler au Buntio, car il faudrait imaginer de grands travaux de creusement avant le 8e siècle, dans une région où la densité de population semble avoir été assez faible...

  Or, il existait autrefois une «rivière du Noir Mouton», qui se jetait dans l’Escaut au lieu-dit «la Folie». Le «mont» au pied duquel coulait le Buntio pourrait alors être le «Mont d’Anzin», d’où provenait cette rivière.... Serait-ce la même rivière que le Plan du Siège de Valenciennes en 1656, dessiné et gravé par Coquart, désigne sous le nom de ‘Petit Escaut’ ? (Le même plan montre que les terrains compris entre l’Escaut et le Petit Escaut furent alors inondés, et qu’un pont de bateaux y fut installé). Le Buntio peut donc être aussi bien la Riviérette, ou la rivière du Noir Mouton, ou le Petit Escaut, qui sont peut-être finalement trois noms d’une seule et même rivière... Quant au nom même de Buntio, il paraît ancien, et peut-être faut-il le rapprocher de Bontobrice, nom d’une localité de la Gaule Belgique, chez les Trévires, qui figure sur la Table de Peutinger (3e ou 4e siècle). Ce serait donc un nom gaulois, ou, si l’on peut dire, «gallo-belge», le Hainaut étant peuplé, à l’époque romaine, de Nerviens, qui se disaient eux-mêmes apparentés aux Germains. L’indice est donc bien mince, et ne peut nous servir à affirmer que le territoire du futur Saint-Saulve était habité à l’époque gauloise.

Le Bois d’Ardenne

 C’est le seul nom de lieu existant encore aujourd’hui à Saint-Saulve qui paraisse avoir une origine gauloise. Arduenna ou Ardenna a donné «Ardenne», antique massif forestier de la Gaule Belgique. En Gaule, Arduennos était un nom d’homme, et Arduinna celui d’une déesse chasseresse, assimilée à la Diane des Romains. Le mot est issu d’une racine ard- qu’on retrouve dans l’adjectif latin arduus, «escarpé, d’accès difficile», et convient parfaitement à notre «Bois d’Ardenne», situé en haut d’un chemin escarpé, sur le Mont du Rôleur. Mais, ici encore, la plus ancienne mention du «bos dardenne» est relativement récente : elle n’apparaît que dans un cartulaire de 1400. À l’époque, les noms de famille étaient déjà en usage, et Dardenne peut être simplement le nom du propriétaire du bois en question. Du reste, le nom commun ardenne pouvait désigner tout lieu boisé sur une hauteur, ce qui nous ramène à l’origine du nom lui-même, et non à celle du lieudit... Les noms de lieux nous sont donc de peu d’utilité, et l’archéologie ne nous est d’aucun secours... C’est pourquoi nous nous contenterons de supposer - vu la proximité de sites bien attestés dans les environs immédiats - mais non d’affirmer - vu l’absence de preuves irréfutables - la présence d’une population stable avant la conquête romaine (57 av. J.-C.).

 

  • 1. CÉSAR, Bell. Gall., I, 4. TACITE, Germ., XVIII.
  • 2. Cf. Philippe BEAUSSART, Le Patrimoine archéologique du Valenciennois.
  • 3. Jacques de GUISE, Annales de Hainaut, III, XXV (traduction Fortia d’Urban).
  • 4. Henri D’OUTREMAN, Histoire de la Ville et Comté de Valenciennes, Douai, 1639, p. 10.
  • 5. Henri PLATELLE, lettre du 5 mai 1993, et «Le développement de Valenciennes du Xe au XIIIe siècle», Mémoires du Cercle Archéologique et Historique de Valenciennes, t. IX, 1976, p.25.
  • 6. Contrairement à ce qu’affirme Jean HEUCLIN, Aux origines monastiques de la Gaule du Nord, Lille,1988. D’autres interprétations «celtomaniaques» ont été données, entre autres, par Jean Lebel, À la découverte du Valenciennois, Valenciennes, 1985, et Bernard Coussée, «En Flandre», Mémoires du Cercle d’Études mythologiques, tome IV, 1994.
  • 7. Cf., par exemple, Maurits GYSSELING, «L’Origine et les fluctuations de la frontière linguistique dans le Nord de la France», Bulletin du comité Flamand de France, tome XIX, 1 974, p. 422, pour qui les Belges formaient un peuple distinct des autres Gaulois (leur langue «était intermédiaire entre le germanique et le celtique, et se rapprochait surtout de l’italique») De plus, les Nerviens ne seraient pas des Belges, mais des Germains qui auraient envahi, au 2e siècle avant notre ère, une région jusqu’alors peuplée de Celtes...
  • 8. «La Passion de saint Sauve, martyr à Valenciennes», éditée par Maurice COENS, AnalectaBollandiana, tome LXXXVII, 1969, p. 168, n. 1.

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